Ça fait plusieurs mois que je veux écrire cet article. Après plusieurs mois de procrastination, un épisode de COVID familial et la disparition de quelques-unes de mes sources préférées (en lien avec le contexte politique chez nos voisins?), le voici enfin prêt.
L’idée de cet article a commencé à germer le soir où un de mes enfants, au détour d’une conversation, mentionne qu’il n’aime pas les Noirs.
Stupéfaction des deux parents.
En creusant un peu plus, nous découvrons qu’il ne fait que répéter les propos d’un ami de son groupe, prononcés un peu plus tôt dans la journée.
J’ai pensé à la petite fille que j’étais, qui a elle-même dû faire face à de tels propos. À mon enfant qui recevait ces paroles d’un bon ami. Aux autres enfants de la classe. À l’éducatrice du groupe. Au garçon tout aussi innocent qui les a prononcées.
Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour prévenir cet incident? Quand un tel événement survient, comment l’accueillir pour s’assurer de conserver un climat de groupe serein?
Comme orthophoniste, il était important pour moi de trouver des moyens soutenus par la littérature scientifique pour faire face aux questions de race et de racisme. Ce sont quelques-uns de ceux-ci que je vous partage ici aujourd’hui.
Je vous invite à lire cet article avec bienveillance et empathie, puisque c’est ce dont il est question ici, pour tous nos enfants.
Est-ce la faute des parents? Ce n’est pas si certain. Je le nomme, car en parlant de cet incident, c’est souvent la première hypothèse qui est soulevée.
Or, les données issues de la recherche montrent que les enfants expriment des biais raciaux dès l’âge de trois à cinq ans. Par exemple, la race peut être un critère évoqué pour inclure ou exclure un autre enfant d’une activité. Ces biais ne reflètent pas nécessairement le comportement ou les croyances des figures d’autorité présentes dans leur vie.
En fait, c’est tout simplement par observation de leur environnement que cela peut se produire. Par exemple, en observant que les personnes qui les entourent sont de grandeurs différentes, que leur coiffure est différente, mais qu’ils ont tous la même couleur, les jeunes enfants peuvent se dire qu’ils devraient éviter ou ne pas aimer des personnes d’une couleur de peau différente de la leur, et ce, même si aucun adulte de leur entourage n’a offert de tels modèles.
Face à cette tendance précoce à développer des biais, agissons judicieusement. Sans plus tarder, voici trois conseils qui vous permettront de passer à l’action avec confiance pour vous diriger toujours vers un milieu plus inclusif.
On veut s’assurer d’avoir un climat où tous les enfants se sentent à l’aise de s’exprimer, de poser leurs questions sans jugement. Cela, tout en exprimant clairement ce qui est acceptable et attendu, et ce qui ne l’est pas, car méchant ou raciste.
Ça n’aide personne de condamner l’enfant qui dit de tels propos, alors qu’il ne comprend pas tout l’historique, toutes les répercussions. Ce qu’on veut, c’est l’aider à comprendre avec des mots accessibles que ces mots sont blessants et que ce n’est pas une parole acceptable dans un climat de classe où on cultive la gentillesse et le respect. Également, on veut s’assurer que ceux qui reçoivent ces propos blessants se sentent écoutés et soutenus. Qu’ils aient l’espace nécessaire pour exprimer comment ils se sentent. Ce sont des moments où l’éducateur peut modeler des émotions, des ressentis, avec des mots et des phrases précis.
Il est essentiel de ne réduire aucun enfant au silence en lien avec ces événements. Au contraire, « des conversations ouvertes, honnêtes, fréquentes et appropriées à l’âge de l’enfant en lien avec la race, les différences raciales et même l’iniquité et le racisme sont associées à des niveaux plus bas de biais chez les jeunes enfants ».
Dans l’exemple de mon enfant abordé précédemment, une réaction optimale serait :
- De prendre un moment avec les enfants visés afin qu’ils expriment leur ressenti en lien avec ces paroles, tout en offrant des modèles (je suis triste et en colère, tes paroles sont blessantes et racistes, elles me font du mal…)
- De prendre un moment avec l’enfant ayant dit ces propos pour aborder les questions et les biais sous-jacents. Tout en l’écoutant sans jugement et en le laissant s’exprimer pour mieux comprendre, il sera important de nommer que ces paroles sont racistes et inacceptables.
Les livres sont un excellent moyen de proposer des modèles positifs d’origines diverses. Les recherches prouvent qu’il s’agit d’un des moyens les plus efficaces chez les adultes pour diminuer les biais. Toutefois, selon les articles consultés, cela est un peu moins clair pour les jeunes enfants.
À mon avis, cela s’explique au moins en partie par l’immaturité des structures cognitives des enfants d’âge préscolaire, qui rend leur pensée propice aux stéréotypes. Face à cette propension aux préjugés, il est donc encore plus important d’offrir des modèles diversifiés dans les livres utilisés dans les milieux préscolaires*.
*Où trouver des livres avec des personnages d’origines et de races diverses au Québec?
J’en ai trouvé plusieurs facilement dans les librairies telles que la Librairie Racines ou la Librairie Monet. Ce ne sont que des exemples. J’aimerais beaucoup que vous m'écriviez où vous trouvez vos livres offrant des modèles positifs de cultures et de races diverses.
Offrir des livres avec des personnages diversifiés c’est une chose. Toutefois, comme pour la lecture interactive enrichie, il est important d’être un modèle en mettant des mots sur ce qu’on voit et ressent. Il peut être malaisant de parler de race. Pourtant, il est nécessaire de le faire naturellement. Ne pas en parler n’empêche pas les petits de remarquer la race et de développer des préjugés. Ça ne fait que les empêcher d’en parler. Et ça, ce n’est pas tellement sain ni souhaitable.
De la même manière que nous sommes capables de nommer des observations en lien avec le genre (ex. : les mamans peuvent tondre le gazon, tout comme les papas), nous devrions être capables de nommer nos observations qui concernent la race.
Par exemple, il est tout à fait possible d’observer avec les élèves que les personnages d’un livre ont tous des couleurs de peau différentes.
On peut expliquer : « Pour lui, les gens vont dire qu’il est blanc, même si sa peau est beige. Et cette jolie fille a la peau brune. Les gens vont dire qu’elle est noire. »
Dans un climat de classe empathique, il sera possible d’accueillir les commentaires des petits sans jugement, tout en nommant ce qui est acceptable, gentil ou, au contraire, ce qui est offensant, inacceptable ou raciste.
J’espère que ces conseils, basés sur des données probantes, contribueront à insuffler à vos milieux gentillesse et empathie. Dans cette drôle d’époque, nous en avons particulièrement besoin.
À propos de l’auteure :
Gianna Métellus, orthophoniste expérimentée et formatrice, a développé une vaste expertise au fil de ses douze années de pratique. Elle combine rigueur méthodologique et innovation pour proposer des interventions adaptées aux enfants et à leur environnement. Ses formations s’adaptent aux besoins spécifiques des écoles, des groupes de parents, des entreprises, des centres de la petite enfance, des garderies et des organisations communautaires. Elles visent à outiller les spécialistes en intervention pour favoriser le développement langagier, la communication et l’inclusion culturelle.
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Il est essentiel d’aborder la question de la race dès la petite enfance, car les recherches démontrent que les enfants développent des biais raciaux dès l’âge de 3 à 5 ans. Ces biais peuvent influencer leurs choix d’amis ou d’activités. En parlant ouvertement et naturellement de la race, on réduit les préjugés et on favorise un climat d’inclusion.
Encourager les discussions sur les préjugés en milieu préscolaire passe par un langage clair, adapté à l’âge, et des observations naturelles. Par exemple, on peut nommer les différences de couleur de peau entre les personnages d’un livre sans jugement, tout en précisant ce qui est respectueux ou blessant. L’objectif est de créer un espace où les enfants peuvent poser leurs questions et partager leurs pensées sans crainte.
Lorsqu’un enfant tient un propos raciste, il est crucial d’adopter une approche empathique. Il ne s’agit pas de condamner l’enfant, mais de l’aider à comprendre pourquoi ses paroles sont blessantes. L'adulte peut modéliser des émotions, utiliser un langage adapté à l’âge, et créer un espace où les enfants visés peuvent exprimer leurs ressentis.
Proposer des livres avec des personnages d’origines culturelles variées permet d’exposer les enfants à la diversité dès le plus jeune âge. Cela favorise la normalisation des différences et contribue à déconstruire les stéréotypes. Même si les jeunes enfants ont une pensée plus propice aux préjugés, ces lectures offrent des opportunités de discussion et de modélisation de comportements inclusifs.